Michel Grain

Interview réalisée à quelques jours du passage du Tour de France 2016 dans la Vienne

Michel Grain bonjour, et merci de me recevoir chez vous. Vous êtes né le 6 octobre 1942 à Saint-Georges-Lès-Baillargeaux dans la Vienne (86) et avez notamment remporté le Grand Prix du Midi libre en 1967 devant Roger Pingeon (vainqueur cette année là du Tour de France) et Raymond Poulidor.

Question: Comment êtes vous devenu coureur cycliste et quel souvenir gardez-vous de votre première victoire.

Pour ce qui est du cyclisme, disons que j’y suis arrivé un peu par hasard, suite à une vilaine blessure au foot, ma première passion. Je jouais alors en tant qu’avant-centre et j’ai eu besoin de faire une assez longue période de rééducation. Le cyclisme est alors arrivé dans ma vie.

Pour ce qui concerne le souvenir de ma première victoire, c’est un peu loin tout cà. Le temps passe vite et je ne suis pas du genre à ressacer les choses. Ma plus belle victoire et ma plus belle grande course d’endurance reste au final et sans aucun doute mes 54 années de mariage, sans compter les années encore à venir.

Question: Avec 5 Tours de France de 1965 à 1968 et en 1970 dont une 37e place au général en 68. Deux Tours d’Espagne et autant de Tours d’Italie, quel est votre souvenir le plus marquant sur le Tour de France.

Je dirais la victoire de Lucien Aimar au général en 1966. Cette année là l’équipe aura été quasiment décimée et nous n’avons été que 6 à finir le Tour. Anquetil qui était le leader de l’équipe abandonnera lors de la 19e étape et fera ce jour là ses adieux au Tour .

Dans un tout autre registre, mais toujours en rapport avec Jacques Anquetil, bien que j’ai été dans l’impossibilité de faire le Tour cette année là, l’année 1964 restera pour moi un souvenir inoubliable. Anquetil m’avait sélectionné en Allemagne pour faire mon premier Tour de France, mais entre temps je me suis cassé le poignet.

Question: Pierre Chany, journaliste à L’Équipe dira de vous en 1964 :« ce garçon dispose d’une santé à toutes épreuves. Il ne rechigne pas devant l’effort, (…). Le soir à table, il anime la conversation, entretient la bonne humeur de sa répartie ». A propos de Jacques Anquetil et avec le recul, diriez-vous qu’il aura été plus séduit par votre coup de pédale … ou votre coup de fourchette.

Oh je crois que c’est un tout. Un ensemble. Anquetil était un homme complexe. Beaucoup vous diront qu’il avait très mauvais caractère, au point d’apparaitre prétentieux, voir distant. En fait c’était quelqu’un de profondément timide, tout en retenu, et sans pouvoir dire si c’est ma fourchette ou mon humour qui lui auront plu, je peux vous certifier que c’était un type bien. Je crois qu’il m’avait à la bonne.

Question: La route semble forger de solides amitiés ; j’en veux pour preuve la venue dans la Vienne de Raymond Poulidor pour donner chaque année le départ de la Michel Grain, course inscrite au calendrier de la Fédération Française de Cyclisme. Quel genre de compagnon était Poupou en dehors des podiums.

Aujourd’hui en tout cas c’est un bon joueur de belote, mais il ne faut pas lui dire. Nous nous voyons au moins 2 fois par an et c’est toujours avec le même plaisir. Il sait se rendre disponible pour ses amis malgré un emploi du temps de ministre et des solicitations permanentes.

Pour en revenir à la « Michel Grain » je tiens à remercier le Maire de Nieuil l’espoir (Gilbert Beaujaneau – LR) qui depuis la seconde édition (la première s’étant couru à Nouaillé Maupertuis sous l’impulsion de Jacques Robuchon), à toujours été présent auprès de nous.

Plus généralement, il faut bien dire que la droite a fait énormément pour le vélo dans la Vienne. Je le lui ai bien rendu …

Comment çà ? …

Outre le fait d’avoir longtemps collé les affiches pour Alain Foucher (Sénateur de la Vienne et ex Maire de Chauvigny), je suis aussi à l’origine de quelques-unes des plus belles roustes de Jean-Pierre Raffarin. Il n’arrête pas de me le dire chaque fois que je le vois.

En 1967 il préférait regarder le Prix du Dauphiné que j’ai remporté plutôt que de réviser son BAC, et son Père était obligé de lui mettre des baffes pour le remettre sur le bon chemin.

Question: Vous qui avez couru aux cotés des plus grands durant votre carrière professionnelle de 1964 à 1970 ; Anquetil, Poulidor, Bahamontés, Jiménez, Anglade, Aimar, Merckx, Zoetemelk, Guimard ….. Quel regard portez vous sur la carrière et les performances du régional de l’étape Sylvain Chavanel.

Sincèrement, j’aurais tant aimé le voir gagner un Tour ; il le mérite. C’est un type génial. Sympathique, toujours disponible. Un palmarès formidable. Je ne le remercierais jamais assez de nous rendre visite chaque fois que possible sur la « Michel Grain ». Son oncle aussi d’ailleurs, Michel Chavanel, Vice-Président du comité départemental de cyclisme de la vienne. La famille est très investit sur le secteur.

Question: Malgré les trop nombreuses affaires liées au cyclisme, regardez-vous toujours le Tour de France avec la même passion ? vous rendrez vous sur les routes le 5 Juillet prochain lors du passage de nos champions dans la Vienne. Rappelons que vous résidez à une douzaine de kilomètre de la Puye (à 3 coups de pédales en somme).

Je regarde bien évidemment toujours le Tour de France avec la même passion, en mettant de coté les problèmes de dopage. Je crois avoir lu que le cyclisme était en 7e place sur la liste des sports concernés mais c’est du Tour que l’on parle le plus. C’est toujours comme çà…. regardez les images de foot et vous verrez que, bien que Deschamp ne chantait pas la Marseillaise, c’est à Benzema qu’on le reproche aujourd’hui !!!

Le Tour est une cible facile ; peut-être parce que c’est l’une des rares épreuve populaire qui nous reste. Pour le reste, Armstrong a fait sa part de boulot. Lui enlever toutes ses victoires sans enlever celles des Festina n’a pas de sens, mais je préfère parler d’autre chose.

Question : Le cyclisme mène à tout, à condition d’en sortir. Vous avez été, après avoir pris votre retraite sportive, chauffeur routier pendant 12 ans, dirigeant d’entreprise et aujourd’hui un grand-Père surement attentionné. Vous qui avez pas mal bourlingué tout en étant émailleur de formation, quel regard portez-vous sur la situation difficile que traverse depuis quelques années la porcelaine de Chauvigny fondée en 1826.

Pour y avoir fait mon apprentissage et avoir une épouse qui y aura travaillé 33 ans, j’avoue que je trouve cela regrettable. Les Russes se sont retirés mais j’ai entendu dire qu’il y aurait un repreneur potentiel. Comme toujours il y aura de la casse et ce sont les ouvriers qui trinqueront.au final. Chauvigny n’avait pas besoin de çà. Pas plus d’ailleurs que les commerces du centre n’ont besoin de la guéguerre entre Chauvigny et Jardres ou de l’installation d’un intermarché pour concurrencer Leclerc.

Propos recueillis par Francis Picard

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