Guy Epaud

Avec une 19 ème place au grand Prix des nations en 1961, 2 Tours de France, dont une victoire d’étape, une victoire au classement général par équipe en 1964, Guy Epaud né le 21 septembre 1936 à Saint-Vallier (Charente) a su hisser son nom sur le podium des légendes du Tour.

Question: A l’image du laboureur de Jean de la Fontaine, le célèbre journaliste et écrivain Antoine Blondin, auteur entre autre de « un singe en hiver » et de nombreux articles sur le Tour de France pour le journal l’équipe dira de vous:- « bien qu’Epaud n’avait pas pour parents les cultivateurs de la fable, si un trésor devait être caché, c’est dans l’homme, éclatant de santé, de franchise et de malice que se cachait la pépite ».

Du cultivateur ou du cycliste, de qui vous sentez-vous le plus proche aujourd’hui ?

L’âge avançant (sourire aux lèvres), certainement de plus en plus proche de la terre… Il faut dire que les cyclistes sortaient souvent du milieu agricole avant. Mon Père était producteur de tabac et champion lui-même. Çà m’a aidé car j’avais toute la famille derrière moi. En 1960 je pouvais gagner 700 francs la journée alors que le salaire moyen en France devait être de 250 francs par mois. Mon oncle me conduisait en voiture sur les courses. La récolte de 1956 a été un tournant car j’ai réussit à convaincre mon Père de m’acheter une magnifique traction-avant du dernier cri, pour aller faire des courses encore plus loin. Pas pour frimer car je n’avais pas la grosse tête, mais c’est vrai que quand j’arrivais on me remarquait. C’était il y a 60 ans et elle roule toujours.

Sérieusement ? …

oui, je vous enverrais une photo, elle est comme neuve.

Promesse tenue. Merci Monsieur Epaud

Question: Avec un palmarès à faire pâlir d’envie quelques prétendants au départ du Tour 2016, quels souvenirs gardez vous de votre carrière professionnelle au sein de l’équipe Pelforth, Sauvage, Lejeune, au coté d’Henry Anglade et en concurrence direct avec les légendes telles que Anquetil, Bahamontès et bien évidement Poulidor.

Un de mes plus beau souvenir reste d’avoir laissé loin derrière Bahamontès qui était un excellent grimpeur mais moins bon dans les descentes. En 1964 à Perpignan je suis arrivé 2nd à 1’’ De Roo et le lendemain nous avons remis çà pour tenter de détrôner Bahamontès. Au final à Paris il arrivera 3e et portera le maillot de meilleur grimpeur. Nous placerons 3 coureurs parmi les 6 premiers (Groussard, Anglade et Foucher) et gagnerons le classement par équipe.

Question : Et Raymond (Poulidor) dans tout çà …

Il finira 2nd à Paris derrière Anquetil à 55’’. Dommage seulement que pour moi il n’y est eut que 2 Tours de France ; mais ca c’est une autre histoire.

Question : Parlons-en justement si vous le voulez bien…

En 1964, l’équipe Pelfort a fait une excellente saison mais un différent financier avec De Muer m’a conduit a quitter l’équipe. Pensez donc, à l’arrivée du Dauphiné libéré à Avignon j’en étais arrivé à pleurer 200 franc de l’époque pour pouvoir rentrer chez moi alors que l’équipe était celle qui avait gagné le plus d’argent. J’ai appelé De Muer au téléphone qui m’a raccroché au nez en me disant « je ne parle pas d’argent au téléphone ». Je lui ai donc écrit et çà ne lui a pas plu. Ce type était une m….

Même Henry Anglade m’a dit quelques années plus tard s’être fait enfler. Le différent est arrivé aux oreilles de notre direction et j’ai fini par quitter l’équipe. Cette année là j’ai perdu énormément d’argent pendant que monsieur se faisait faire des maillots avec nos primes..

Question: Votre amitié pour Michel Grain et quelques autres grands champions tels que Raymond Poulidor vous amène chaque années à venir en voisin nous rendre visite. Quel souvenir conservez vous de vos courses avec Raymond Poulidor. Une anecdote ?

Raymond est un ami, et nous nous voyons régulièrement. Ce qui a pu arriver pendant les courses n’a rien à voir avec ce qui pouvait se passer à l’extérieur. Il nous en a certainement un peu voulu à l’époque car on peut dire qu’on lui a un peu fait perdre le Tour 1964 pour 55’’.

Question: Quel regard portez-vous sur le cyclisme professionnel aujourd’hui et sur le Tour en particulier. Un pronostique pour le podium à Paris ?

Je regarde toujours le Tour avec intérêt … dans mon fauteuil. Les réalisateurs font un travail formidable. On se croirait dans la course. Quand on a eu la chance de faire 2 Tours de France complets on ne boude pas son plaisir à regarder la plus belle épreuve de cyclisme du monde. Pour ce qui est de faire des pronostiques c’est une autre histoire.

Question: Quel regard portez- vous sur la carrière du régional de l’étape Sylvain Chavanel.

C’est un grand champion, très sympathique qui a fait une excellente carrière, même si à 37 ans ses meilleurs années au sein du cyclisme pro semble être derrière lui. Dommage qu’il n’ai pas pu être ici aujourd’hui parmi nous. Il court je crois. Il a su rester très abordable.

Question: A presque 80 ans, quel regard portez vous sur le monde et la société d ‘aujourd’hui.

Vous savez, en quittant le cyclisme j’ai acheté 2 camions qui m’ont permis créer un entreprise d’extraction de Kaolin pendant 20 ans, et j’ai aussi repris la ferme de mes parents. J’ai bien gagné ma vie, ce qui m’a permis de faire une donation à ma fille et offrir une maison à mon fils (et d’ajouter malicieusement) … avant qu’Hollande arrive.

Aujourd’hui j’ai toujours 1 hectare de maréchage que je cultive seul depuis mon départ à la retraite il y a 20 ans. Ca me permet de mettre un peu de beurre dans les épinards et de vivre à peu près bien.

J’ai toujours pensé qu’il ne fallait jamais laissé personne sur la route. Je ne suis pas socialiste et vous l’aurez compris. J’ai toujours pensé que les syndicats ont fais beaucoup de tort aux ouvriers ; la CGT surtout qui ne sert qu’au intérêts personnels de quelques uns.

On peut être ambitieux oui, mais malhonnête non. J’ai moi même toujours été ambitieux, pensez donc, le même mois, celui d’octobre de l’année 1961 je suis devenu professionnel, je me suis marié et j’ai acheté une maison, au grand damne de mes beaux parents qui s’inquiétaient. Je leur ai expliqué que s’il m’arrivait quelque chose mon épouse aurait ainsi un pécule. On peut être ambitieux, honnête et penser aux autres … sans laisser sur la route comme se fut le cas dans l’usine où travaillait mon épouse, pour 150 des 450 salariés.

Propos receuillis par Francis Picard

PS: Devant à la vérité de dire que ma rencontre avec Guy Epaud restera un bel échange, merci à vous Monsieur Epaud, en espérant ne pas avoir trahis votre propos.

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