La Ligne acadienne

 » Parce que d’une rive à l’autre les réalités historiques peuvent parfois être perçues différemment, n’hésitez pas à apporter des précisions historiques en commentant le présent article « 

La révocation de l’édit de Nantes à la toute fin du XVIIe siècle conduisant des pans de familles entières à fuir une province du Poitou ruinée par les guerres de religions, la guerre de trente ans et les famines à répétitions (dont celle de 1693-94 qui fera jusqu’à 2 millions de morts dans toute la France); nombreux seront les poitevins à émigrer vers le nouveau monde.

.

et A participer à la création de l’Acadie.
Carte de l’Acadie: Vaste territoire nord Américain couvrant l’ile du Prince Edouard, le Nouveau Brunswick, la Nouvelle Ecosse, le Québec, et l’état du Maine (situé aux Etats-Unis)

Des poitevins qui, suivant en cela un mouvement initié au seins de nombreuses régions françaises, contribueront à grossir les rangs des colons vers les Antilles et la Nouvelle-France; un vaste territoire composé de 4 colonies couvrant pratiquement la moitié de l’Amérique du Nord (l’Acadie, le Canada, Terre-Neuve et la Louisiane).

Des Poitevins qui s’installeront principalement en Acadie et seront originaires, au moins pour les premiers d’entre eux de 5 villages de de la Vienne (86): Martaizé, Aulnay, Angliers, La Chaussée, Guesnes; et de Oiron dans les Deux-Sêvres. Une cinquantaine de familles tout au plus, de paysans poitevins ne sachant ni lire ni écrire, qui constitueront l’une des souches du peuple acadien. Charles de Menou d’Aulnay de Charnizay (Indre et Loire) qui fut entre autres l’un des pionniers de la colonisation européenne en Amérique du Nord, faisant référence dans son testament en 1649, à Doucet venu de Brie, Trahan d’Indre-et-Loire, et à des capitaines venus d’Olonne en Vendée ou du Havre-de-Grâce.

L’origine d’un peuple et d’un territoire: L’Acadie

Des Poitevins bientôt suivit par d’autres, qui prendront souches dans des campements (algatig en langue Micmac). Un terme qui pourrait être à l’origine du mot Acadie.

Après l’installation d’un premier campement d’exploration en 1604, puis d’une première colonie en 1632 réunissant quelques dizaines de membres, l’Acadie comptera 441 habitants au recensement de 1671. 885 habitants 15 ans plus tard et quelques 8 000 en 1750. Une population principalement catholique. Les protestants ayant été écartés par les jésuites; lesquels ne pouvant accepter une concurrence de religions obtinrent du roi que « l’établissement de la Compagnie de la Nouvelle-France« , ne puisse accepter que des «naturels Français catholiques».

Une belle histoire qui prendra fin avec le Traité d’Utrecht le 11 avril 1713

Signé entre la France et la Grande-Bretagne au lendemain de la guerre d’Espagne, ce traité obligera le roi Louis XIV à renoncer à diverses parties de l’empire français en Amérique du nord: L’Acadie, Terre-Neuve et la Baie d’Hudson.

Déportés par les Britanniques, nombreux seront alors les Acadiens contraints à revenir vers la France au milieu du XVIIIe siècle, avant de repartir vers 1785 en direction de la Louisiane où subsiste encore aujourd’hui une importante communauté francophone ( les Cajuns ).

Le Poitou gardera le souvenir de ce triste épisode de déportation de masse que les acadiens appelleront pudiquement le « Grand dérangement » à travers divers sites emblématiques, tel celui de la ligne acadienne. Un alignement de fermes construites au XVIIIe siècle sur les communes d’Archigny, Saint-Pierre de Maillé et la Puye.

Bien que certaines aient put être restaurées avec plus ou moins de succès, une balade le long des fermes de  ‘‘la ligne acadienne’’ vaut néanmoins le détour.

Ne serait-ce que pour admirer le travail de conservation réalisé par quelques amoureux du site, ou se souvenir un instant des conditions qui conduisirent en 1773 Louis-Nicolas de la Pérusse des Cars, à accueillir en Poitou les victimes de l’un des plus grands mouvement de déportation des populations.

les exilés de Nouvelle France et d’Acadie.

Tirant  profit de sa proximité avec la cour de Louis XV, le marquis de la Perusse des cars obtient les autorisations nécessaires et une partie du financement pour l’installation de quelques 150 familles (environ 1500 personnes) sur le sol Poitevin. Chacune d’entre elles recevant 3 arpents de terre (environ 1,7 hectares), une maison, deux paires de boeufs, deux vaches, deux charrues et une charrette. S’y ajoutait l’outillage nécessaire, un four à pain, un puit commun à plusieurs familles et … une paroisse: Cenan (ancien bourg avec son église du XIIe siècle, classée monument historique).

Passer du projet à la réalité s’avérant plus difficile que prévu par le marquis, nombre d’exilés peu habitués aux travaux agricoles et la rudesse du défrichage de terres inhospitalières faites de brandes et de marécages eurent tôt fait de repartir vers les Amériques.

Sur les 150 fermes initialement prévues pour couvrir les 2600 hectares mis à disposition par les moines fontevristes de la Puye (630 ha), la seigneurie de Monthoiron (400ha), l’abbaye de l’Etoile (70ha) et l’évéché de Poitiers (1500h), 57 seulement seront construites le long d’une ligne de 6 kms 1/2 passant par les communes de La Puye, St Pierre de Maillé et Archigny.

Celles et ceux qui choisirent de rester firent souches dans la population locale, permettant ainsi de faire perdurer en terres poitevines le souvenir d’un épisode que les acadiens appellent encore pudiquement « le grand dérangement ».

A voir:  L’église St Hilaire de Cenan (paroisse des acadiens en Poitou avec son retable classé du XVIIIème). La ferme-musée, au hameau des « Huit maisons », qui accueillent chaque été, la grande fête traditionnelle du 15 Août.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close